La fin de semaine dernière nous sommes allés ravitailler nos sites d’appâts pour le chevreuil dans les Hautes-Laurentides et nous en avons bien sûr profité aussi pour vérifier nos caméras de surveillance. Les batteries d’une de mes caméras de type cellulaire étaient tombées à plat le 23 octobre et j’en ai profité pour les changer. J’ai aussi changé la carte micro-SD en espérant que l’appareil ait capté quelques autres photos sans pouvoir me les envoyer par réseau cellulaire. Donc en regardant les photos sur mon écran d’ordinateur je constate que malheureusement il n’avait pas pris de photos entre le 23 et le 31 octobre. Tant pis. Mais tout à coup en repassant les vidéos je fais le saut en voyant un jeune mâle (spike) qui monte une femelle pour l’accoupler un 22 octobre. Et à ma grande surprise cette femelle se laisse monter sans prendre la fuite ce qui démontre clairement qu’elle est réceptive. Le pire c’est que j’avais reçu cette image, mais comme les vidéos entrent en format de 3 photos, je n’avais pas remarqué qu’il s’agissait d’un spike qui suivait une femelle. Bref personnellement c’est la première fois que je vois ça. On a souvent eu des indices très révélateurs indiquant qu’il y avait parfois un peu d’accouplement fin octobre ou début novembre, mais jamais aussi tôt en octobre.
Vidéo de l’accouplement d’une femelle par un spike un 22 octobre.
En faisant une petite recherche sur internet on mentionne que c’est ce qu’on appelle un œstrus précoce. Une infime proportion de femelles adultes matures (souvent en excellente santé ou ayant un taux de graisse corporelle élevé) déclenchent leurs chaleurs un peu plus tôt que le reste de la population. Comme il s’agit d’une année où il y a beaucoup de nourriture en forêt et qu’en plus cette femelle a eu accès à une coupe forestière récente avec beaucoup de jeunes pousses nutritives, l’hypothèse d’une femelle en excellente santé se tient.
Toutefois heureusement que ce phénomène demeure sporadique, car un accouplement tôt est aussi synonyme d’une naissance plus tôt en saison (dans ce cas vers le 10 mai). Au sud ce n’est pas un problème car les hivers finissent généralement tôt et la température est déjà clémente à la mi-mai, mais au nord de Mont-Laurier c’est une autre histoire. Les tempêtes tardives en avril et les températures froides jusqu’à la fin du mois sont fréquentes et une naissance aussi tôt que le 10 mai pourrait causer la mort du faon à la naissance en raison de la température.
D’un autre côté si on a affaire à un printemps hâtif, alors là la naissance hâtive donnera une incroyable avance de croissance au faon à l’automne. En fait, il aura entre 3 et 4 semaines d’avance sur les autres faons issus d’accouplements normaux (entre le 10 et le 20 novembre). Les faons mâles seront particulièrement avantagés affichant au début novembre une masse corporelle s’approchant de celle d’une jeune femelle d’un an et demi et des gros boutons velus et bien visibles sur le front.

Évidemment à l’opposé les accouplements tardifs ayant lieu dans les deux premières semaines de décembre causeront à l’inverse des naissance tardives en juillet, ce qui laisse peu de temps aux faons pour prendre du poids avant l’arrivée de l’hiver. Ces petits faons dans un environnement hivernal rude comme celui des Hautes-Laurentides ont bien moins de chance de passer à travers l’hiver.

Exemple d’une naissance tardive en début juillet. Remarquez comment le faon est encore petit le 7 juillet.

Voici à quoi pourrait ressembler un mâle issu d’un accouplement tardif à son 2e automne. Même pas légal pour être récolté…
Pour conclure, heureusement que la majorité des femelles sont normalement accouplées dans le pic du rut (10 au 20 novembre), car c’est vraiment le timing idéal pour optimiser les chances que les faons arrivent en pleine forme à l’automne et prêts à passer leur premier hiver.

Illustration d’un accouplement plus normal durant la période typique du pic du rut (10 au 20 novembre). Période idéale d’accouplement pour les chevreuils du Québec.


